21 août 2015

Test : Remember Me

Au cours d'une partie sur Assassin's Creed Unity, je me suis souvent posé la question quant à savoir pourquoi la France n'était pas plus souvent représentée dans le jeu vidéo. Alors, il est vrai que notre pays a fait de nombreuses apparitions dans notre média, récemment avec Forza 2 et ses courses endiablées autour de Nice ou encore la cathédrale d'Amiens qui venait hanter nos pires cauchemars dans Eternal Darkness. Mais il est plus rare qu'un titre plante son décors exclusivement en France. Même nos développeurs sont plus souvent tentés pour exporter leurs univers dans d'autres pays que dans le nôtre. C'est peut-être pour cette raison que Remember Me a attisé ma curiosité dans un premier temps. Placer l'action en plein cœur d'un Paris esthétique dans une forme de dystopie était fort alléchant. Malgré quelque choix douteux dans le game-design, Dontnod entertainment réalise une première oeuvre intelligente ou contemplation et action sont les maîtres mots de ce nouvel univers.

"Les souvenirs oubliés ne sont pas perdus" Sigmund Freud

L'action du jeu se situe en 2084, dans un Paris futuriste n'hésitant pas à utiliser prétentieusement le préfixe "Néo" dans son appellation. Le joueur incarne Nilin, une jeune chasseuse de souvenirs à fort caractère, alors que cette dernière s'échappe tout juste d'une prison pour d'obscures raisons. N'ayant plus que quelques bribes de son passé, la jeune femme, aidée par un mystérieux personnage va mener sa petite croisade à la recherche de son identité.


Le joueur est forcé d'entrer promptement dans l'univers du jeu. En effet, les développeurs du titre ont décidé d'introduire leur monde de manière assez brutale obligeant le joueur à aider la jeune femme à sortir d'une étrange de prison alors même que ce dernier n'ai pu prendre le temps de comprendre les mécanismes de l'univers. Cette manière d'introduire le jeu n'est certainement pas anodine. On peut croire que les développeurs ont voulu, à l'image de Nilin, désorienté le joueur, lui faire ressentir ce que le personnage principal ressent dès le début de l'aventure. En perdant tous ses repères, le joueur n'a pas d'autre choix que celui de partir à la conquête d'informations le plus rapidement possible. Il est aussi intéressant de noter que l'introduction permet de retarder l'arrivée d'un autre personnage, bien plus discret, celui de la ville de Paris qui, après une terrible catastrophe a pu renaître de ses cendres.


Enchaînant les ruelles tantôt sinistres tantôt vivantes, le joueur se rend vite compte de la qualité artistique que propose les équipes de Dontnod. Aleksi Briclot, reconnu dans le monde de la bande dessinée et Michel Koch offre à la ville de Paris une dimension aérienne très prononcée. Jouant beaucoup sur la verticalité et sur un design plutôt épuré, la capitale de France n'a jamais paru aussi imposante et belle. La notion même de Dystopie se ressent beaucoup à travers ces paysages urbains aussi fascinants que superficiels. En misant sur la verticalité, il n'est pas étonnant que les développeurs ont choisi de proposer quelques phases de plateformes aux joueurs. S'inspirant beaucoup du style des productions Ubisoft telles que Assassin's Creed ou encore Prince of Persia, ces phases de plateformes pures permettant aux joueurs de grimper sur un immeuble, de se suspendre dans le vide ou de s'accrocher à un élément quelconque peinent malheureusement à se rendre convaincantes pour le joueur avide de liberté. En effet, cette partie du gameplay, très scriptée, ne se limite qu'à quelques zones prédéfinies rendant l'exploration quasi obsolète.

En créant un univers de grande qualité tant par sa cohérence artistique que par son scénario plutôt passionnant, les développeurs ont misé sur quelques choix plutôt contradictoires qui ne rendent pas l'expérience mauvaise (même très loin de là) mais qui la rendent frustrante. Quand la ville de Paris s'ouvre enfin aux joueurs, la seule et unique chose que ce dernier souhaite, c'est de pouvoir l'explorer et la comprendre. Ce nonobstant, ce ne sera jamais le cas puisque Dontnod oblige le joueur à suivre un long couloir prédéfini, avec certes, la possibilité de pouvoir admirer le fabuleux travail des artistes, mais en contrepartie de ne jamais pouvoir profiter de cette ambition artistique.

Tout le scénario repose sur une technologie de pointe qui a révolutionné le monde, c'est ce qu'ils appellent le Sensen. Il s'agit d'un implant cérébral qui permet aux consommateurs de pouvoir contrôler de nombreuses choses à distance, d'augmenter de façon significative nos facultés cérébrales, mais aussi de pouvoir contrôler notre mémoire et celle des autre, par ailleurs, le souvenir est le thème central du jeu, traité parfois de manière maladroite voire un peu cliché, mais qui a le mérite de poser aux joueurs un certain nombre de questions relatives à la manipulation de la perception et des ravages que cela peut produire dans une société.


"Savoir, c'est se souvenir" Aristote


Evidemment et fort heureusement, la majorité du gameplay de Remember Me s'axe sur cet élément
scénaristique. Aussi surprenant que cela paraisse, ici, nul besoin d'armes de destructions massives pour venir à bout des adversaires, seuls vos poings feront la différence. En effet, les phases de combats ne se feront qu'à mains nues, utilisant l'une des premières particularités du jeu, à savoir les Pressens. Cette spécificité est intéressante, car elle permet aux joueurs de créer leurs propres enchaînements de coups, leurs propres combos. Les Pressens, ce sont des coups particuliers (poings ou pieds) qu'il faut attribuer à une touche et qu'il faut placer à un emplacement choisi pour créer le combo parfais. A cela s'ajoute aussi le fait que chaque Pressens s'attribut une capacité particulière comme le fait de récupérer de l'énergie ou encore de donner un coup critique rendant le système de combat bien plus profond qu'il n'y paraît aux premiers abords. Il est seulement dommage de ne pas avoir rendu le système un poil plus complexe afin de rendre l'expérience encore plus incroyable.

Les combats gagnent en intensité au fil de l'aventure puisque le joueur débloque de nouvelles capacités spéciales au cours de la partie. Ces "pouvoirs spéciaux" obligent le joueur à établir une stratégie dans le but de terrasser tous les ennemis le plus rapidement possible sans avoir perdu trop d'énergie. L'idée en elle-même est plutôt intéressante, car elle rend les combats moins répétitifs bien que sur la fin du jeu la lassitude se ressent tout de même.

Le sensen permet également de modifier les souvenirs des gens en remixant leur base mémoriel. C'est donc via une autre interface que le joueur pourra, lors de quelques phases particulières construites sous forme de puzzles, s'amuser à modifier le souvenir d'un personnage en jouant sur les éléments du décors afin de changer considérablement la mémoire du protagoniste en question. Il n'y a donc rien de plus simple que celui de pirater le cerveau d'une personne pour le rendre responsable de la mort de quelqu'un. Ces phases, plutôt originales, perdent en intérêt dans la deuxième partie du jeu tant ces dernières manquent de profondeurs et se révèlent au final répétitive dans leur construction. Remember Me propose un gameplay au final classique dans sa structure. On regrettera le choix de ne pas avoir été au bout de leurs idées en proposant un concept aussi ambitieux que l'univers proposé. Le thème du souvenir aurait également pu aboutir sur de nombreuses idées intéressantes rendant l'expérience plus captivante que jamais.


"C'est dans le souvenir que les choses prennent leur vraie place" Jean Anouilh



Ce qui attire dans Remember Me, c'est cette fascination pour l'anticipation. Celle de se poser des questions sur les hypothétiques conséquences qu'une technologie démesurée peut avoir sur une société entière, d'un point de vue économique comme d'un point de vue morale. Mais peu importe le point de vue que l'on adopte sur la situation, on force le joueur par le bais d'un personnage qui se fait appeler Edge dont l'identité est inconnue, aussi pour le joueur que pour le personnage principal de l'aventure à prendre les armes pour combattre une entreprise dont les véritables ambitions ne se révèlent que très tard dans l'aventure. Les coups de théâtre sont assez nombreux dans le titre rendant le scénario palpitant malgré un traitement des personnages un peu trop approximatif. En effet, les rapports qu'entretiennent certains personnages sont censés être forts, mais rarement on arrive à avoir de l'émotion pour eux ou à être touché par certains événements ou certains rebondissements.  Quant à la mise en scène, elle se révèle de bonne qualité sans être exceptionnelle et n'est malheureusement pas aidé par le doublage qui est trop irrégulier dans son traitement. La musique, quant à elle, rajoute une certaine cohérence au tout, même si elles manquent d'identité par rapport à l'univers proposé.




Au final, il est difficile de donner un avis catégorique sur Remember Me qui semble accumuler de nombreux défauts quand on lit la majeure partie des lignes rédigées ci-dessus. Mais derrière cet épais mur d'incohérences, il est difficile de décrocher de l'aventure tant l'univers proposé à un potentiel assez énorme qu'il faut continuer d'exploiter par l'intermédiaire d'une éventuelle suite. Avec une ambiance visuelle particulièrement soignée, il n'est pas rare de prendre son temps pour contempler les différents paysages qui se dressent devant nous. Son système de combat, qui aurait peut-être mérité un traitement plus approfondi, a le mérite de se révéler assez original et tactique rendant l'expérience plutôt dynamique bien que répétitive sur la longueur. Pour une première expérience, Dontnod ne signe peut-être pas une oeuvre d'excellence, mais propose aux joueurs un titre agréable à suivre et qui peut poser les bases d'un avenir très radieux pour le studio et avec Life is Strange, les choses semblent plutôt en très bonne voie. On leur souhaite beaucoup de réussite !



Ce qui nous pousse à l’acheter           Ce qui pourrait nous faire hésiter
- Un Univers artistique de toute beauté
- Une dystopie intéressante
- Un système de combat original
- un scénario qui se laisse suivre
- une belle ambiance
 
- Le traitement des personnages
- Le thème du souvenir ouvrait la porte à tellement plus de possibilités
- Lassant sur la longueur
- Les musiques en retraits
-Trop linéaire
-On voulait se promener librement dans un Paris aussi esthétique

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